
I. Périodes principales du développement du POLAR 1. Vers 1850 - La naissance du roman policier 2. Les années 1929-1950: La naissance, le développement et la prédominance du roman noir américain 3. Les années 1951-1965: Renouvellement et recherche de nouvelles orientations du POLAR français 4. Les années 1966-1991 : Le Néo-Polar Français et le thriller américain en plein épanouissement |
Quand ,vers 1850, partout dans le monde littéraire international des écrivains se mettent à l'ecriture de feuilletons traitant des histoires qui jouent dans le monde des mis-à-parts, des rejetés-de-la-société et poursuivent leurs crimes, ce genre de textes est jugé de qualité mineure , adressé à un public large, soit, mais d'intérêt intellectuel mineur.
S'intéresser à la vie criminelle, poursuivre des personnages vicieux n'était, à l'époque, pas estimé comme thème valable pour la littérature. Dans la littérature les grands auteurs du romantisme et naturalisme comme Stendhal, Balzac puis Hugo, Flaubert et Zola dominaient la scène. Nerval, Baudelaire et Verlaine règnaient dans la poésie et Alexandre Dumas et Eugène Sue n'étaient regardés que comme des auteurs de "littérature populaire", dénommée ainsi pour dire en même temps que cette littérature était de moindre qualité. Les thèmes de la littérature acceptée ne se tournaient que rarement vers la condition de vie des masses dépravées et ne traitaient pas la vie vicieuse et criminelle des classes sociales en marge.
Que ce thème commença pourtant à entrer dans l'écriture et à y gagner de plus en plus d'importance est lié à des bases sociologiques:
A la fin du 18ième et au début du 19ième siècle, c'est Napoléon qui était dans un certain sens de 'parrain' du roman policier: C'est sur ses ordres que fut créée en 1811 la "Brigade Spéciale" qui devait lutter contre la croissance de la criminalité et dans laquelle Napoléon appela comme chef de Brigade un ex-criminel et bagnard pour ses qualités d'expérimenté: VIDOCQ (1775-1875). Cet homme, qui fut condamné pour faux en 1796 après avoir déserté de l'armée, s'évada plusieures fois du Bagne de Brest et gagna ainsi la réputaton d'un évadeur doué et d'un vrai aventurier. Il entra en collaboration avec les autorités de l'état en 1811 , obtînt son amnistie et prit la tête de cette "Brigade Spéciale" qui devait prévenir les évasions de Bagne et les grands crimes. Jusqu'en 1827, il tînt ce poste, mais fut toujours regardé avec mépris, ayant accumulé une imposante fortune. Après un scandale qui le chassa de ce poste, il fit écrire ses "Mémoires" par un prête-plume. Rapelé dans son poste en 1832, mais encore renvoyé il créa une officine de police privée, une nouveauté pour l'époque et mourût à l'âge de 82 ans en 1875.(1)
Cette vie "rocambolesque" n'est que le symbole de son époque qui est marquée par des développements qui transforment radicalement les structures économiques, sociologiques , politiques et culturelles de la société de cette époque:
Le POLAR français, roman policier de détection de tendance psychosocial et souvent de ton humoristique a bien trouvé son public, mais reste un genre en marge, publié encore principalement en feuilleton ou en " petits illustrées", la publication dans les séries romanesque étant réservée à la littérature de haute valeur intellectuelle.
Le roman de valeur en crise de l'entre-deux-guerre et de l'après-guerre est à la recherche d'un nouveau réalisme romanesque (André Gide, Marcel Proust, Romain Rolland, Georges Duhamel, Antoine de Saint-Exupéry, André Malraux), se tourne vers l'absurdité ou l'existantialisme ( Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir) ou cherche à transpasser les formes du roman traditonnel par le 'Nouveau roman"
(Robbe-Grillet). La crise du roman traditionnel produit des chef-d'œuvres devenus des classiques de la production littéraire du 19ième/20ième siècle , mais ne réussit plus d'être lu par la grande masse des lecteurs.
Ainsi cette époque est aussi celle dans laquelle le POLAR étend son importance et gagne du public en se développant vers un vrai roman, mais de vision noir du monde: Ce sont les failles de la société moderne qu'il envisage et dont il fait ses thèmes.
En 1927, avec LE MASQUE, Albert Pigasse (éditeur.: La Librairie des Champs-Elysées) crée la première série de roman policier (couverture jaune avec masque noire) en France qui sera bientôt connue par des milliers de lecteurs.
Traduit de l'anglais , cette série rend le roman noir américain et anglais accessible au public français et ouvre la voie au roman noir francophone: en commençant par l'édition d'Agatha Christie et de Conan Doyle et de leurs disciples plus récents cet éditeur fait publier en même temps des auteurs de roman noir francophones comme p.ex. Charles Exbrayat, ou, des auteurs comme Pierre Véry ( polar fantastiques pour adolescants "Les Disparus de Saint-Agil",1930), Jean Bommart (roman d'espionnage, "le Poisson chinois") et Pierre Nord
( "Double crime sur la Ligne Maginot", 1933) qui développent le roman francophone pour publier surtout Georges Simenon , le père du détective franco-belge par excellence Maigret ( à partir de 1929 plus de 80 romans de détection avec le commissaire Maigret).
Cette série continue à exister et cherche à se moderniser aujourd'hui en publiant des auteurs anglophones vivants comme par exemple Ruth Rendell.
Le roman noir français trouve à partir de 1942 en Léo Malet un renovateur: Le roman noir français se tourne vers un roman de détection qui revèle les vices provoqués des structures d'une société orientée seulement sur l'enrichissement et prend ainsi le ton d'une critique socialiste , parfois anarchiste de la société.
Dès 1945 Marcel Duhamel crée chez GALLIMARD la "Série Noire", deuxième importante série de polar qui traduira Dashiell Hammet et Raymond Chandler, les auteurs de polar américains les plus influents de cet époque.
Le roman noir américain , le roman policier moderne est à la vogue dans ces années d'après-guerre et le monde littéraire et intellectuel s'y intéresse: Ce sont Jacques Prévert et Jean-Paul Sartre qui encouragent Marcel Duhamel et l'éditeur GALLIMARD à créer cette série. Le poète Boris Vian, sous le pseudonyme de Nernon Sulllivan, écrira deux "polars" à la mode du roman noir américain: "J'irai cracher sur vos tombes" et "Et on tuera tous les affreux".
La "Série Noire" trouve donc un succès fou dans ce temps d'après-guerre où la culture américaine est en vogue dans les pays européens libérés du régime hitlérien. Le roman noir américain avec sa vision noire de l'existence humaine semble être complètement en phase avec les idées des existentialistes , avec les réfléxions des surréalistes et le sentiment de l'absurde qui naît dans cette époque, provoqué par les expériences avec l'horreur absolu de tout système totalitaire.
En 1946 Le fleuve Noir, une troisième série de polar est lancé par Armand de Caro , une édition qui lancera surtout le polar d'espionnage français ("OSS 117" Jean Bruce; "San Antonio" Frédéric Dard).
François Guérif, un passionné du roman policier et noir crée successivement trois autres séries de roman noir: Le 3 ième œil, Red Label, Engrenages .En 1986 il créa Rivages/Noir.
Au cours de ces années, le polar français commence à se développer en profondeur et en largeur: il élargit les thèmes, assimile de nouvelles techniques, change de structuration et élabore de plus en plus une portée qui ne se limite plus à se comprendre comme roman de voie spécialisée.
Il s'oriente d'abord profondément aux impulsions venant du roman noir américain, mais commence à créer aussi un accent spécial du polar français qui est plus psychologique et humoristique que son modèle américain.
Cette deuxième phase voit le POLAR français se développer en différents sous-genres que le lecteur peut bien différencier
Sous l'influence du roman noir américain, le roman noir français développe les thèmes vers le roman du mystère et de l'angoisse, mais aussi vers un roman noir de ton humoristique. Mais aussi des formes de roman d'espionnage sous l'impression de l'opposition des grands blocs politiques des Etats Unis et de l'Union Soviétique prennent de l'ampleur.
Un des auteurs de roman noir français qui créa le plus tôt ce roman noir de notion française fût Jean Meckert, Pseudonyme "John Amila" qui , par recommandation de Queneau entra en "Série Noire " chez GALLIMARD en 1950. Il marie le style du roman noir américain et la tradition de la thématique populiste française: ses héros se débattent avec l'Armée, l'Eglise et la Famille. Anarchiste convaincu ayant perdu son grand-père fusillé pour désertation en 1917, il écrit des romans noirs avec une mémoire historique qui dans le public officiel est tue.
Face à la vague américaine de romans noirs, le POLAR français semble être emporté dans les années 50/60.
Les séries spécialisées publient en grand nombre le roman noir américain et anglo-saxon, traduit en français. Mais, en dessous de vague, les auteurs français se mettent à créer un polar français qui intègre les nouveaux aspects du roman noir anglophone tout en créeant une forme variée: le POLAR français se présente comme roman noir, mais de ton humoristique ( Exbrayat); il s'intéresse plus intensément à la victime et à l'effet du mystère et de l'angoisse (Boileau-Narcejac); il brille dans l'agencement d'histroire d'espionnage ( Jean Bruce , Gérard de Villier, Frédéric Dard).(1)
Dans les librairies, les étalages de séries spécialisées POLAR s'étendent et s'adressent aux publics les plus variés , prenant en compte de plus en plus aussi les séries de jeunesse.
Cette troisième phase voit le POLAR français s'installer comme genre , encore mis à part, mais accepté et de plus en plus considéré comme genre littéraire intéressant et créatif.
Les années 60 avec le bouillonnement contestataire de mai 68 en France et tous les mouvements politiques des jeunes ( maoïstes, anarchistes, gauchistes, trotskistes...) ont profondément influencé le développement du POLAR français qui , dès cette époque, prend un ton très prononcé de critique de société.
Un groupe de jeunes auteurs met en scène des héros tout à fait différents aux héros jusqu'alors typique du roman policier: si jusqu'alors le détective était le révélateur brillant, l'espion futé, le combattant pour la juste cause, les héros du neó-polar français sont surtout marqué par le fait d'être des héros incertains se combattant dans un monde "pourri" par des scandales immobiliers, la corruption, la perte de toutes les valeurs.
(Jean-Patrick Manchette " Nada..."; Patrick Raynal "Né de fils inconnu...", Didier Daeninckx voir la bibliographie; Jean Vautrin "A bulletins rouges"; Thierry Jonquet "Les orpailleurs", Daniel Pennac avec tous ses roman avec le héro"Monsieur Malaussène", Série jouant à Paris ; Jean-Claude Izzo "Total Cheops", "Chourmo", "Solea" Trilogie sur le crime à Marseille).
Avec ces nouveaux auteurs, parmi lesquels il faut surtout nommer Didier Daeninckx qui cherche à publier de plus en plus ses œuvres en série blanche chez DENOËL ( depuis 1986, à partir de "La mort n'oublie personne), mais aussi Jean Vautrin et Daniel Pennac, le POLAR français s'ouvre de plus en plus vers le roman en général: il ne se comprend plus comme roman d'une partie en marge de la vie humaine de notre époque, mais comme roman typique de la société contemporaine et de son histoire récente.
Le POLAR français, mais aussi le roman policier en général et au niveau international a, depuis ses débuts dans les années 1850 jusqu'à nos jours, gagné un public énorme et conquéri le monde des lecteurs.
Actuellement ce genre est internationalement en pleine vague. En France, le POLAR se développe en montrant les courants et accentuations actuels suivants:
Le roman comme genre littéraire, enfant du 18 ième siècle devenu adulte aux débuts du 19 ième siècle, domine la discussion littéraire et peut être regardé comme le genre typique de la littérature des classes bourgeoises arrivées aux pouvoirs économiques et politiques après la Révolution de 1789.
Si la tragédie et la poésie étaient les genres annoblis des époques dominées par l'aristocratie , c'est le roman qui est le genre littéraire par excellence de l'époque de la bourgeoisie aux pouvoirs.
Libéré des obligations d'instruction et d'illumination de l'époque des Encyclopédistes, le roman peut s'adonner aux thèmes de l'existence du MOI (Senancour, Mme de Staël, Benjamin Constant, Chateaubriand) pour sonder les profondeurs de l'âme de l'individu, libéré des barrières de la prédestination par la naissance.
On peut dire que le roman n'accéda à son ultime épanouissement qu'au moment où la bourgeoisie avait vraiment établi son règne intégral: dans l'économie, dans la politique et dans la culture en général. Ainsi, entre le 18 ième et le 19 ième/ 20 ième siècle, il parcourt le développement de son épanouissement et fait naître des chef d'œuvres dans différentes étapes et accentuations.
Dans le ROMANTISME, la littérature des classes bourgeoises advenues aux pouvoirs développe toute sa profondeur de pensée en roman, poésie, théâtre (Lamartine, Alfred de Musset, Alfred de Vigny, VICTOR HUGO).
Dans le genre du roman, la diversification entre roman sentimental (Georges Sand, Sainte-Beuve, Alfred de Musset), roman historique ( Alfred de Vigny, Victor Hugo, Alexandre Dumas) et roman social ( Eugène Sue, George Sand, Victor Hugo) démontre la largeur de la prise en conscience des thèmes de l'époque par le roman.
La tendance realiste du romantisme français s'approfondit et prend une tendance de naturalisme avec Stendhal, Balzac, Flaubert et Zola qui s'approchent de plus en plus à un réalisme tenant compte aussi des problèmes sociaux des masses ouvrières. Mais déjà avec Nodier et Nerval le romantisme prend un ton noir et marqué par le phénomène de l'angoisse .(4)
Si Hugo, Balzac, Zola, et d'autres romanciers de cette époque sortaient encore de l'idée d'une unité de la société comme base de leur production littéraire, s'ils écrivaient encore en sortant d'un ensemble de valeurs cohérents et communs aux citoyens, la littérature de l'entre-deux-guerre se trouva confrontée à un éclaboussement du consensus politique,social et idéologique et les auteurs de cette époque répondirent à cette crise en poursuivant de différents accentuations dans le développement du roman:
- certains romanciers comme Romain Rolland se tournèrent vers un roman engagé (voir aussi d'autres auteurs de l'Affaire Dreyfuß),
Le POLAR, avec ses thèmes et la façon de leur présentation dans l'écriture marquée "polar", a au fil de son développement infiltré l'écriture romanesque en général et montre ainsi sa vivacité et créativité.
Ce genre et ses méthodes spécifiques influencent de plus en plus le développement du roman en général de notre époque parce que ce sont ses thèmes et son style qui correspondent le plus à ce que les lecteurs modernes attendent du roman, plus que ne savent le faire les caractéristiques de l'écriture du roman en général qui reste trop éloingé du grand public.
Dans une époque qui voit diminuer la lecture au profit de la vision et de l'audition (cinéma et radio, télévision, multimédia) le roman général risque de perdre de plus en plus de public.
Bienque la concurrence des médias d'audio-vision attirent beaucoup d'antérieurs lecteurs, les librairies voient une multiplication de publication livresques de tout genre et le nombre de livres vendus ne baisse pas, au contraire, il augmente. C'est entre autre le roman policier, le POLAR qui réussit le mieux de gagner un public.
Ce qui rend le roman policier/roman noir/POLAR/thriller/Krimi intéressant à un large public ce sont:
Comme démontré dans les passages précédents, le POLAR français actuel est devenu un roman qui devient de plus en plus un roman général.
C'est le POLAR qui trouve un large public et qui est lu de préférence par les lecteurs jeunes .
Même des lecteurs de bas âge se tournent de plus en plus vers ces séries noires pour jeunes lecteurs.
Ce sont ces séries qui réussisent le plus d'échapper au développement de la baisse de la lecture.
Pour les adolescants, l'aventuresque a toujours été la lecture préférée :
Le départ à de nouvelles frontière, l'entrée dans des mondes inconnus par la lecture, l'expérience de l'angoisse, de la peur tout en se sachant bien protégé dans le fauteuil de lecture, ce sont ces expériences de lecture pendant la jeunesse qui sont important pour le futur amateur de lecture.
Le refus de la lecture par la jeunesse d'aujourd'hui est souvent dû à leur exposition totale aux médias audio-visuels qui rend les jeunes inexpérimentés dans l'imagination à créer en sortant d'un texte lu. Le roman policier avec ses descriptions détaillées mais brèves et précises leur est plus accessibles, que le style littéraire traditionnel avec ses images à déchiffrer pour créer une vision du texte lu.
Le langage du roman policier/roman noir/POLAR qui s'oriente aux quotidien, à la vie actuelle aux termes linguistiques de notre époque est plus accessibles que le style littéraire du roman traditionnel.
Les thèmes sont souvent ancrés dans le contemporain socio-politique de notre époque: ainsi le POLAR français de nos jours traite de la décomposition des valeurs de notre société en prenant des thèmes comme la criminalité dans les banlieue, la corruption dans les classes politiques, le crime des hommes d'affaires à la recherche de l'enrichissment rapide et sans effort.
Si le POLAR présente alors un héros positif qui dévoile , empêche, contourne les engencements des criminels, il contribue à défendre des valeurs. S'il présente un héros enquêteur qui se sent de plus en plus dans l'ambiguë lui-même, il mène le lecteur à la problématisation de la perte des valeurs et facilité ainsi la formation d'un jugement différencié et critique. C'est pourquoi la lecture du POLAR peut être d'un grand intérêt pour l'utilisation scolaire.
Comme le POLAR est , en ce qui concerne son langage, profondément ancré dans le monde où il joue, la lecture de certains POLARs peut être trop difficile sous l'aspect linguistique pour des élèves de langue étrangère (Daniel Pennac: Série Malaussène - alernative: version jeunesse: série KAMO ; Jean-Claude Izzo: la série sur Marseille). Il s'agit donc, de choisir des POLAR dont le langage reste accessible et qui ne dépassent pas une certaine quantité de pages.
Ainsi il est conseillé de considérer de préférence des nouvelles POLAR dont il y a un grand nombre de publication en recueils ou en anthologies.